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WESTERN & CENTRAL AFRICA

Interview du coordonnateur Régional Aires Protégées de l’UICN en Afrique Centrale et Occidentale, Sébastien Regnaut

1.    M. Sébastien Regnaut, vous êtes coordonnateur régional du Programme Aires Protégées Afrique Centrale et Occidentale de l’UICN, pouvez-vous nous dire en quelques mots en quoi consiste  votre travail?
SR : A travers l’UICN-PACO et avec mon équipe de 6 techniciens, nous offrons du soutien technique aux Etats et aux ONG qui travaillent à la conservation de la nature: Nous développons et dispensons des formations, des outils financiers, ou des aides ponctuelles quand les besoins sont identifiés pas les acteurs, les bailleurs ou les états. Nos formations se déclinent surtout dans l’efficacité de gestion des aires protégées, la gestion de projet, la gestion des ressources naturelles, la résilience face au changement climatique, la conservation des espèces en danger et la gouvernance locale. Nous sommes particulièrement actifs en Afrique de l’Ouest, au Cameroun et dans les sites du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Nous offrons aussi des analyses du contexte Africain aux groupes de travail globaux et aux bailleurs de fonds qui en font la demande.

Notre priorité depuis 2011 est le renforcement des structures de gouvernance justes et équitables des aires naturelles, souvent en passant par des changements dans l’utilisation que nos sociétés font des ressources naturelles. L’augmentation de la population humaine et des inégalités accroit la pression sur la nature, qui est souvent perçue comme un don ou un obstacle au développent. Nous aidons les communautés et les Etats à prendre conscience de leur responsabilité vis-à-vis de leurs administrés et de leurs communautés, en leur offrant des outils qui permettent de conserver la biodiversité et d’améliorer leurs conditions de vie.

2.    Dans le cadre de votre travail, vous coordonnez également le programme BIOPAMA, donnez-nous en la substance?
SR : BIOPAMA va nous aider à faire prendre conscience aux décideurs de la valeur des aires protégées dans leurs économies nationales. Avec le Centre de Recherche Commun de l’Union Européenne (JRC), dont la vocation est de répondre scientifiquement a toutes les questions de politique sociales en Europe, nous mettons en œuvre des outils qui vont permettre d’accéder à des données plus fiables et plus larges et surtout à des outils d’analyses plus accessibles que ce qui est disponible aujourd’hui.

Ces outils vont permettre de comprendre la complexité des contextes, de lier les préoccupations locales a des enjeux globaux, d’adapter les stratégies, de prioriser les investissements.

Quels outils concrètement ? Des cartes mise à jour, des rapports quantitatifs, des informations sur les feux de brousse, des images satellites analysées, des modèles de changement climatique, des cartes de valeur économique des ressources naturelles, des cadres de rapportage, des rapports de suivi des changements. 

Tous ces outils vont permettre aux gestionnaires d’aire protégées de connaitre le contexte large de son activité (en plus de ses propres données de gestion), de se former, de rapporter sur ses résultats, de montrer démontrer la valeur de son travail pour le développement de son pays. Par la suite, le décideur national ou régional aura accès a des données similaires sur un grand nombre de zones naturelles et sera mieux à même de prendre des décisions sur la planification territoriale, et de suivre concrètement les résultats des ses décisions. Enfin à un niveau global, les enjeux de la conservation et des développements en Afrique apparaitront plus clairement et plus rapidement. Les plaidoyers comme les investissements seront plus efficaces et plus durables.

3.    Lors de la 14ème session du PFBC à Brazzaville, le lancement de l’Observatoire de la biodiversité et des Aires protégées en Afrique Centrale sera effectif, en quoi consistera t-il ?
SR : Cet Observatoire sera le nœud, ou le relais, d’un système de référençage d’informations basées au JRC en Italie et qui couvre l’Afrique sub-saharienne, le Pacifique et les Caraïbes.
Dans la pratique, une collecte d’information de terrain sera coordonnée par l’Observatoire, qui réalisera quelques analyses, et sera chargé de relayer les données vers le JRC, de coordonner une campagne de renforcement des capacités afin d’améliorer les faiblesses qui seront identifiées par les analyses, ainsi que de soutenir les utilisateurs.

4.    On sait déjà qu’il existe un Observatoire des Forêts de l’OFAC, quelle serait la valeur ajoutée de cette nouvelle initiative?
SR : La mission de l’Observatoire BIOPAMA correspond à des objectifs spécifiques de l’OFAC sur la biodiversité. Les résultats que nous obtiendront permettront de complémenter les ressources de l’OFAC avec des données sur la Biodiversité et sur les Aires Protégées dans la région.  En Afrique centrale, cet Observatoire correspond techniquement à un renforcement de l’OFAC dans sa mission, avec le soutien du JRC qui est aussi le partenaire technique de l’OFAC. Dans l’autre sens, la collaboration avec l’OFAC permet à BIOPAMA de bénéficier d’une structure existante, qui a fait ses preuves et qui travaille déjà à travers des partenariats régionaux établis et des canaux performants.

5.    Quels sont les principaux utilisateurs/bénéficiaires de cet outil et en quoi pourrait-il constituer un outil de conservation pour les AP du Bassin du Congo?
SR : Pour les premières années, les utilisateurs seront les gestionnaires d’aires protégées et les coordinateurs de réseaux d’aires protégées. Ces outils vont faciliter l’adaptation annuelle des plans de gestion, faciliter le rapportage aux Ministères de tutelle, aux partie-prenantes (hiérarchie, ONG, partenaires, communautés locales, bailleurs etc.), à la Convention pour la Diversité Biologique (CBD), faciliter le suivi des résultats et des impacts à moyen et à long terme, identifier les faiblesses, prioriser les ressources, ou encore faciliter le plaidoyer auprès des communautés locales ou de l’Etat en fournissant des valeurs chiffrées des ressources naturelles que l’aire naturelle met a disposition des populations, que ce soit l’humus, l’eau de surface, la conservation des nappes phréatiques, la lutte contre l’érosion et le lessivage des sols, les produits forestiers non-ligneux, le bois certifié, les ressources génétiques etc.

A terme, en plus des gestionnaires, ce sont les techniciens et décideurs nationaux et régionaux qui utiliseront ces outils pour le rapportage à la CBD, pour les priorisation nationales, pour la mise en valeur des ressources naturelles, pour la planification territoriale. Et bien sûr, des étudiants, des chercheurs, des experts...

6.    A terme, est-il prévu un ancrage institutionnel ou informel entre cet observatoire, celui de l’OFAC et la COMIFAC?
SR : En Afrique Centrale, cet outil est spécifiquement destiné à être dirigé et intégré par l’OFAC et utilisé quotidiennement par le RAPAC. L’UICN va assurer la mise en place puis le fonctionnement de l’Observatoire au moins jusqu'à mi-2016 pour se concentrer ensuite sur des projets plus spécifiques de l’Observatoire tels que la collecte de données et la formation des utilisateurs et professionnels, comme nous le faisons déjà.

7.    Avez-vous des recommandations/appréhensions particulières quant au succès de cette initiative?
SR : L’Observatoire est issu d’un partenariat fiable entre la COMIFAC, la Commission Européenne (CE) et le JRC. La CE, est aussi un partenaire d’un autre grand réseau d’aires protégées en Afrique de l’Ouest depuis plus de deux décennies. Une autre de nos activités consiste à construire l’infrastructure de l’Observatoire au sein de l’UEMOA pour l’Afrique de l’Ouest. Les deux nœuds seront connectés à travers un système de référence global et ainsi les deux grands réseaux d’aires protégées régionaux seront reliés.

La CE et le JRC ont montré qu’elles avaient une vision inscrite dans le long terme, attachée à des institutions régionales, et qu’elles sont capables d’apporter des technologies et des modèles institutionnels accessibles et efficaces pour la conservation. Nous attendons de nos partenaires régionaux qu’ils s’impliquent avec nous derrière cette opportunité d’influencer positivement la conservation.

Interview réalisée par Eva Paule MOUZONG-Responsable régionale du Développement Institutionnel et de la Communication-IUCN PACO, eva.mouzong@iucn.org 

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