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CARIBBEAN

Aperçu du travail du Portail des Caraïbes du BIOPAMA et comment il implique les parties prenantes pour partager les données, par Dionne Carbon, assistant de recherche au Centre pour la gestion des ressources et les études environnementales (CERMES), Cave Hill, Université des West Indies.

Le Portail des Caraïbes est un centre de ressources permettant de faciliter et d’encourager des décisions et politiques viables pour une gestion efficace et durable des aires protégées et de la biodiversité. Il a été mis en place par le Programme BIOPAMA, et est hébergé par le Centre pour la gestion des ressources et les études environnementales (CERMES), de l’Université des West Indies.

Le Portail des Caraïbes s’appuie sur une vision basée sur le partage et l’ouverture des données, permettant le développement durable des aires protégées des Caraïbes. L’une des premières étapes pour réaliser cette vision était de rallier à notre cause les dépositaires des données. Lors de nos nombreuses interactions avec les divers partenaires limitrophes (c’est à dire les principales parties prenantes dont nous cherchons à influencer positivement les comportements), nous avons entendu quelques opinions récurrentes expliquant pourquoi ils n’étaient pas prêts à partager les données. L’une des raisons était que c'était la première fois qu’ils entendaient parler du Portail des Caraïbes, ce qui est compréhensible. Ils devaient s’assurer que l’initiative était légitime. Nous avons donc organisé des réunions par Skype et par téléphone, afin d’expliquer en détail l’objectif du Portail.

L’objectif était qu’à la fin de cette réunion, ces acteurs comprendraient entièrement l’objectif du Portail, et qu’ils seraient disposés à remettre leurs données sur un « plateau d’argent », se transformant soudain en personnes favorables aux données ouvertes. Malheureusement, tous n’étaient pas prêts à le faire, mais la majorité des partenaires limitrophes qui avaient des données en leur possession ont répondu positivement à la perspective d’ouvrir les données, et étaient prêts à nous aider. Certains ont même émis des recommandations pour nous aider à améliorer le Portail, en suggérant des types de données qui pourraient être utiles à la prise de décision dans et autour des aires protégées.

Nous sommes donc finalement sur la bonne voie pour obtenir des données provenant de différents groupes que nous considérons comme des partenaires limitrophes. Cependant, les rallier à notre cause n’était que le début ! Certes, ces partenaires sont disposés à partager leurs données - mais ils n’ont pas tant de données que cela à proposer. La plupart des dépositaires de données, surtout les administrateurs d’aires protégées, ont souligné les problèmes qui limitent le type et la qualité des données en leur possession. Ceux-ci incluent :

  • Des ressources humaines inadéquates pour gérer la collecte de données - Les organisations à but non-lucratif se plaignent des limites de leurs ressources humaines, qui entravent leur capacité à recueillir les données requises. Un personnel en nombre limité entraîne des données limitées, en termes qualitatifs et quantitatifs.
  • Des limites de financement pour la collecte de données - La collecte de données a un coût. S’il n’y a pas assez de volontaires, des personnes devront être payées pour rassembler les informations nécessaires. Selon le coût de la collecte des données, les organisations rassemblent des informations qui ne sont pas suffisantes pour prendre des décisions informées.
  • La nouveauté que représentent les données ouvertes - Certains dépositaires ne sont pas conscients des avantages des données ouvertes, et n’ont jamais envisagé de rendre les données collectées ouvertes, ou même de publier les données.

Cependant, ces défis créent des opportunités pour améliorer la prise de conscience, la mobilisation et la démonstration que l’ouverture et le partage des données peut réellement atténuer certaines des problématiques liées à la limitation des ressources, avec pour objectif ultime de changer les attitudes et les comportements envers les données ouvertes. La plupart des interactions avec les dépositaires de données se sont faites par téléphone ou par Skype. Concernant le manque de ressources humaines et de financement, il a été conseillé aux partenaires de rechercher l’aide de volontaires parmi les institutions universitaires de niveau supérieur, afin d’aider à collecter les données. Dans la plupart de ces écoles, les étudiants ont l’obligation de s’impliquer dans le développement communautaire, pour avoir leur diplôme. Dans ce cas, c’est une situation gagnante-gagnante pour tout le monde. Les étudiants proposent leurs services bénévolement et peuvent donc obtenir leur diplôme, et le partenaire limitrophe bénéficie des services de collecte de données et de données sans coût supplémentaire. Une formation intensive a été donnée aux partenaires sur le concept de données ouvertes, leurs avantages et les divers accords de licence pour les données ouvertes.

Maintenant que nous avons apporté une solution aux nombreux problèmes auxquels sont confrontés les partenaires limitrophes quant au partage des données, nous pouvons nous pencher sur le téléchargement des données vers le Portail. Mais arrêtons-nous un instant pour nous demander : et si toutes ces données sont téléchargées... Mais que personne ne les utilise ? Du gâchis, n’est-ce pas ? Je suis d’accord, ce serait un effort totalement inutile - et pire, cela rendrait encore plus difficile de convaincre les partenaires limitrophes du mérite et de la valeur des données ouvertes pour continuer cette initiative ou pour des initiatives futures ! Nous devons donc veiller à ce que le Portail ait des données qui seront utilisées par les parties impliquées, comme les décideurs politiques et les chercheurs. Après avoir longuement débattu avec les partenaires limitrophes, nous comprenons mieux le type de données le plus nécessaire. Cela a rendu le choix des ensembles de données un peu plus facile.

De même, joindre un accord de licence ouverte rend les utilisateurs plus à l’aise. Nous avons tous connu cette situation, où nous voulons des données mais nous devons remplir un formulaire qui nous pose toutes sortes de questions que nous jugeons inutiles - et nous finissons par abandonner, en nous disant que nous trouverons une autre façon d’avoir l’information... Nous créerons également, par le biais de cette initiative, des visuels qui démontrent le pouvoir d’intégrer des données de différents types originaires de multiples sources, afin de créer des narratives convaincantes et d’améliorer la compréhension de nos aires protégées et de leurs contextes socio-économiques.

Il est également très important que le Portail des Caraïbes et les données ouvertes soient accessibles à la personne moyenne que nous voulons atteindre et influencer, par l’utilisation des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram). Je ne parle pas de seulement créer une page, et d’attendre que les personnes tombent dessus par hasard, l’aiment, et n’y retournent jamais. Je pense à des options innovantes comme Thunderclap. Il s’agit d’un outil qui permet à votre message d’être entendu lorsque vous et vos amis diffusez un message en même temps. Imaginez si le Portail a 500 amis entre Facebook, Twitter et Instagram, et qu’ils partagent tous le message en même temps - une sorte de Flash Mob en ligne ! Cela peut créer un trafic très important.

De nombreuses initiatives de données ouvertes font l’erreur de raisonnement suivante : « Construire d’abord, faire venir les utilisateurs ensuite », se focalisent seulement sur les engagements du côté de l’offre, et publient des données qui ne tiennent pas en compte des besoins ou intérêts réels des utilisateurs. En prenant activement en compte les besoins des administrateurs d’aires protégées, des décideurs politiques et des chercheurs, et en créant des outils visuels pour améliorer l’accessibilité et la compréhension des données, nous espérons atténuer cette erreur et imposer notre vision d’une nouvelle « réalité sur les données ouvertes », où le partage et l’ouverture des données contribue au développement durable des aires protégées des Caraïbes.

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